Quelles sont conséquences prouvées sur la santé physique et mentale des ados ?
Les conséquences prouvées sur la santé physique
Ces effets sont généralement liés à une relation dose-effet : plus le temps d’exposition augmente, plus les risques peuvent croître. L’adolescence constitue par ailleurs une période particulièrement sensible, car les rythmes de sommeil et les habitudes de vie sont encore en construction.
Les conséquences sur la santé mentale : un phénomène complexe
Dans la grande majorité des cas, les usages ne sont pas problématiques en termes de santé mentale pour les ados.
Lorsque des difficultés apparaissent, il est important de rappeler que l’on ne peut pas parler proprement d’« addiction aux écrans ». Le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), qui fait référence dans le domaine de la psychiatrie, ne reconnaît pas l’addiction aux écrans comme un trouble comportemental distinct.
Cette prudence est également rappelée par plusieurs rapports scientifiques récents. L’ANSES souligne par exemple que « l’addiction aux réseaux sociaux et plus largement aux outils numériques ne fait pas l’objet d’un consensus scientifique ni social » (ANSES, 2025).
Le terme peut néanmoins être utilisé par certains professionnels comme un cadre d’intervention pour accompagner des jeunes ou des familles en difficulté. Mais il ne décrit pas un trouble médical clairement établi.
Des usages parfois problématiques
Si certains usages problématiques existent bel et bien, ils doivent être analysés dans toute leur complexité. Il est alors plus juste de parler d’usages excessifs ou envahissants.
Ces situations peuvent se traduire par :
Dans de nombreux cas, ces comportements sont le symptôme d’autres difficultés : isolement, anxiété, ennui, mal-être ou manque de relations sociales. L’écran devient alors moins la cause du problème qu’un moyen de régulation : un refuge, un apaisement temporaire ou une échappatoire.
La commission d’expert·es sur les écrans rappelle ainsi que les usages numériques peuvent agir comme facteurs de risque supplémentaires lorsqu’il existe déjà une vulnérabilité préexistante, par exemple en cas d’anxiété ou de dépression.
Autrement dit, les écrans ne sont donc pas nécessairement la cause des difficultés, mais peuvent parfois amplifier des fragilités déjà présentes.
Comprendre les usages dans leur contexte
Se contenter d’affirmer qu’il faudrait « supprimer les écrans » pour résoudre ces situations risque donc de passer à côté de l’essentiel. C’est pourquoi certains dispositifs, comme ceux développés par le CRESAM dans le cadre du programme Écrans en résidence, privilégient une approche systémique : il s’agit d’observer l’ensemble de l’environnement de vie — relations sociales, cadre familial, contexte scolaire, habitudes de vie — plutôt que de renvoyer la responsabilité uniquement à l’individu ou à son usage des écrans.
Autrement dit, les difficultés ne viennent pas seulement des écrans eux-mêmes, mais bien plus souvent des situations auxquelles ils servent de réponse.
Les chercheur·euses invitent également à prendre du recul face aux discours alarmistes qui accompagnent régulièrement l’arrivée de nouvelles technologies. Dans son article The Sisyphean Cycle of Technology Panics, la chercheuse et psychologue Amy Orben rappelle que des inquiétudes très similaires existaient déjà dans les années 1940 à propos de la radio ou des films policiers, accusés à l’époque de provoquer anxiété, troubles du sommeil et comportements problématiques chez les jeunes.
Ces exemples montrent que les technologies émergentes suscitent souvent des paniques morales, qui peuvent parfois exagérer leurs effets réels.

À vous de jouer
Le cas Sacha
Sacha a 9 ans. Ou peut-être 14. On ne sait pas vraiment. Ce qu’on sait, c’est qu’on lui a déjà écrit sur un bulletin :
« Ne t’enferme pas trop dans « ce truc »… »
Parce qu’en classe, Sacha garde toujours “ce truc” sur les genoux. Même quand il faut écouter. Même quand ce n’est pas le moment. À la maison, c’est pareil.
Quand son frère et sa sœur viennent lui proposer une sortie, un jeu ; ou veulent juste discuter, Sacha lève à peine les yeux de son « truc »
« Pas maintenant. »
Le soir, la lumière devrait être éteinte depuis longtemps. Mais sous la couette, dans le silence, ça continue.
Sacha est sur son « truc »
Encore un peu. Juste quelques minutes. Le temps disparaît. Et Sacha ne dort pas tout à fait assez.
Prenez quelques minutes pour réfléchir :
1. Dans quelle mesure doit-on s’inquiéter pour Sacha ?
2. À votre avis, c’est quoi le “truc” de Sacha ?
3. Et Sacha c’est une fille ou un garçon ?
Cette idée est proche de ce que certain·es chercheur·euses appellent l’hypothèse de déplacement du temps.
Comme l’explique le neuroscientifique Albert Moukheiber :
En fait, le problème ne réside pas tant dans ce temps passé face à l’écran que dans le fait que le temps « perdu » ne se rattrape plus […] C’est l’ « hypothèse de déplacement du temps » : vous ne pouvez pas « déplacer » le temps que vous avez consacré à une tâche vers une autre comme sociabiliser, bouger, tout simplement diversifier votre activité. Le souci est la monotâche et non la dimension addictive ou dopaminergique de l’activité. Le problème serait le même pour une personne lisant l’encyclopédie pendant huit heures par jour.
Albert Moukheiber, Neuromania, 2024
À retenir

