Appliquer la posture autonomisante en classe
Mettre en œuvre la posture autonomisante en classe ne va pas de soi.
Les retours d’enseignant∙es engagé∙es dans le projet YAP ! montrent que la difficulté ne se situe pas dans la théorie, mais dans la traduction concrète en situation de classe.
Voici trois points d’attention essentiels issus de ces retours terrain.
Pratique 1 – S’appuyer sur les usages numériques et connaissances de vos élèves
Exemple : Faire un sondage dans votre classe avant de démarrer une activité
Vous prévoyez une activité sur les jeux vidéo.
Avant de commencer, vous proposez à vos élèves un court sondage : jouent-ils ou elles ? à quels jeux ? sur quelles plateformes ?
Vous pouvez ajouter des questions plus ciblées selon l’angle choisi (modèle économique, design, captation…).
Vous restituez ensuite les résultats à la classe.
En quelques minutes, vous obtenez un point de départ réel, ancré dans leurs pratiques — parfois très différent de ce que vous imaginiez.
Une activité de sensibilisation à l’économie de l’attention engage davantage lorsqu’elle s’appuie sur ce que les élèves font réellement — et non sur ce que vous pensez qu’ils et elles font.
D’autres idées pour rester connecté·e aux usages de vos élèves
Pratique 2 – Se positionner comme guide « économie de l’attention » plutôt que comme expert·e des usages numériques des jeunes
Pendant l’activité, un élève parle de « ranked », une autre évoque un « shadow ban », un troisième mentionne une plateforme que vous ne connaissez pas.
Certains utilisent un vocabulaire spécifique, font référence à des codes ou à des créateurs dont vous n’avez jamais entendu parler.
Vous pourriez ressentir le besoin de tout comprendre immédiatement pour garder votre légitimité.
Mais vouloir tout maîtriser de leurs usages n’est pas réaliste.
Ne serait-ce que parce qu’avec une trentaine d’élèves dans votre classe, il peut y avoir par exemple :
Et aussi parce que les plateformes et les codes se renouvellent en permanence : ce que vous connaissez à un instant T devient obsolète rapidement.
Votre rôle n’est pas d’être l’expert∙e de leurs usages, mais d’être le ou la guide de leur compréhension du système de l’économie de l’attention.
La captation de l’attention, la monétisation de cette attention, les stratégies de design persuasif ne sont pas apparues avec TikTok. Elles traversent les médias depuis des décennies et se retrouvent aujourd’hui dans des environnements numériques personnalisés.
Acquérir une compréhension solide de l’économie de l’attention permettra donc à vos élèves de faire face durablement.
Autrement dit; vous pouvez ne pas connaitre toutes les références, les codes des usages numériques de vos élèves.
Ce qui compte c’est de resituer leurs expériences vécues vis-à-vis du système de l’économie de l’attention. Quelques idées ci-dessous de bonnes pratiques pour cela :
Pour jouer ce rôle de guide dans le système « économie de l’attention », vous avez besoin de bien maîtriser les notions que vous allez aborder dans votre activité. Prenez le temps de bien approfondir le ou les modules nécessaires de cette formation.
Pratique 3 – Faire comprendre le système de l’économie de l’attention, plutôt que corriger les comportements
Vous venez de mener une activité de sensibilisation sur les notifications.
Les échanges ont été riches, les élèves participent, l’ambiance est bonne. Vous avez le sentiment que le message est passé.
Vous demandez à lister les façons de limiter les notifications. Les élèves ont plein de solutions. En tâche finale, vous auriez peut-être envie de proposer un questionnaire. Parmi les questions :
« Qu’allez-vous personnellement faire pour lutter contre les notifications ? » Vous vous attendez à de « bonnes résolutions ».
« Qu’allez-vous personnellement faire pour lutter contre les notifications ? » Vous vous attendez à de « bonnes résolutions ».
Le décalage entre participation active pendant l’activité et le désengagement au moment d’indiquer des actions à mettre en œuvre soi-même invite à s’interroger.
Qu’est-ce qui nous permet de penser que les élèves mettront réellement en œuvre les solutions individuelles dont ils et elles ont connaissance ?
Comprendre les mécanismes qui rendent les notifications attractives ne signifie pas automatiquement vouloir les modifier.
C’est ici que la posture de prof change : l’enjeu n’est pas d’obtenir une réponse conforme, mais de distinguer compréhension du système et décision d’agir.
Quelques suggestions pour aborder des actions à mettre en œuvre pour « lutter » contre les notifications :
En distinguant compréhension du système et décision d’agir, vous adoptez pleinement une posture autonomisante.
Vous reconnaissez que vos élèves peuvent comprendre les mécanismes de captation sans pour autant vouloir modifier immédiatement leurs usages.
En leur laissant la possibilité d’exprimer librement leurs positions et de formuler eux et elles-mêmes des pistes d’action, vous respectez leur capacité de jugement.
Cette recherche collective de solutions ne garantit pas un changement immédiat.
Mais elle favorise un engagement plus authentique — et exige, pour proposer des actions pertinentes, une compréhension plus fine du problème.
Trouver ses propres réponses suppose d’avoir compris les mécanismes en jeu.
À retenir

Adopter une posture autonomisante pour faire en classe une activité de sensibilisation à l’économie de l’attention, c’est se donner toutes les chances d’avoir une activité engageante pour les élèves. C’est aussi se sentir à l’aise pour mener cette activité.
Il ne s’agit pas de tout maîtriser des usages numériques des jeunes, ni de changer leur comportement, mais de créer les conditions d’une compréhension durable du système de l’économie de l’attention.
