Sensibiliser aux enjeux de la collecte de données
La publicité ciblée est souvent la face la plus visible de l’économie des plateformes.
Pourtant, les enjeux liés à la collecte de données dépassent largement la seule question publicitaire. Dans de nombreux services numériques, l’analyse des traces laissées par les utilisateur·rices est devenue une composante ordinaire du fonctionnement des plateformes.
Comment les jeunes comprennent ce fonctionnement complexe
Les focus groupes menés dans l’étude Les jeunes et la consommation en ligne (2025) montrent que les adolescent·es ont souvent une intuition générale du fonctionnement de la publicité ciblée, même si les mécanismes techniques restent flous. Certain·es expliquent par exemple :
« Si tu regardes beaucoup de vidéos de maquillage, ils vont te montrer des pubs de maquillage. »
D’autres évoquent le rôle des cookies :
« Quand on accepte les cookies, ça regarde ce qu’on fait sur Internet. »
Ces observations montrent que les jeunes ont compris que certaines informations sont utilisées pour personnaliser les contenus et les publicités.
Cependant, les mécanismes techniques qui permettent cette personnalisation restent souvent difficiles à comprendre, notamment parce qu’ils reposent sur des systèmes automatisés et peu transparents.
La rhétorique du « je n’ai rien à cacher »
Lorsqu’on aborde la question de la collecte de données, un argument revient souvent : « Je n’ai rien à cacher. »
Cette idée repose sur la croyance que la collecte de données ne poserait problème que pour les personnes ayant quelque chose à dissimuler. Pourtant, cette logique comporte plusieurs limites.
Si tout le monde considère que la collecte généralisée de données est acceptable, cela peut fragiliser la protection de la vie privée pour l’ensemble de la société. La question ne porte donc pas uniquement sur ce que l’on a « à cacher », mais sur le type de société numérique que ces pratiques contribuent à construire.
Un enjeu de régulation : le RGPD
Face à ces enjeux, plusieurs cadres juridiques ont été mis en place pour encadrer la collecte de données.
En Europe, le Règlement général sur la protection des données (RGPD), entré en vigueur en 2018, vise notamment à :
Le RGPD impose par exemple que les entreprises informent les utilisateur·rices sur la manière dont leurs données sont collectées et utilisées.
Une responsabilité partagée
Les discours autour de l’interdiction des réseaux sociaux centrent généralement leur narratif sur une certaine peur autour de la dangerosité de ceux-ci, des risques d’exposition à des contenus inappropriés ou encore des conséquences sur l’attention des plus jeunes.
Ces discours portent plus rarement leur attention sur les enjeux liés à la récolte de données des mineurs ou leur ciblage publicitaire. Ils peinent ainsi à remettre en cause la responsabilité des plateformes dans ce système en mettant l’accent sur les responsabilités individuelles des jeunes et de leur éducation (parentale ou scolaire).
Or, ce sont bien les plateformes et leur système économique qui créent les règles du jeu auxquels les jeunes tentent de s’adapter. Mais comment faire pour sortir de ces discours culpabilisant ?
Quelle posture adopter avec les élèves ?
Dans l’éducation aux médias, l’objectif n’est pas de susciter une méfiance généralisée face aux technologies. Les discours alarmistes peuvent parfois produire l’effet inverse : ils peuvent donner l’impression que les individus seraient seuls responsables de leurs usages.
Mais il existe d’autres manières d’aborder ces questions. Il est souvent plus productif et instructif de :
Cette approche permet d’éviter la culpabilisation individuelle et d’encourager une réflexion plus large sur l’organisation des environnements numériques.
À retenir

