La dimension ludique du visionnage
Regarder une vidéo, c’est parfois un peu jouer, même depuis son canapé.
Défis entre créateur·ices, concours créatifs, épreuves en direct… Ces formats ne se contentent pas de divertir : ils structurent le visionnage qui devient ainsi une expérience ludique à part entière, rythmée par ses règles, son suspense et ses enjeux. Le ou la spectateur·ice n’est pas passif·ve, il ou elle anticipe, juge, s’implique. Le théoricien Roger Caillois identifie quatre grandes formes élémentaires du jeu que l’on retrouve, souvent combinées, dans de nombreux contenus populaires. Les comprendre, c’est disposer d’une clé de lecture supplémentaire pour analyser avec les élèves ce qui les attire dans certains formats, et pourquoi ils ont envie de rester jusqu’au bout.
Les quatre formes élémentaires du jeu selon Roger Caillois
Vidéos « concept » sur YouTube (vidéos au format récurrent et original), défis entre créateur·rices, ou encore Let’s play en direct, tous ces contenus intègrent une dimension ludique dans leur structure même. Le jeu crée un espace avec ses propres règles, valeurs et codes, dans lequel les participant·es (et les spectateur·rices) interagissent.
Cette dimension ne relève pas seulement du divertissement gratuit ou des contenus en ligne : comme le rappelle Johan Huizinga, le jeu a toujours une signification culturelle. Il a également une place centrale dans les sociétés humaines qui va bien au-delà de sa mise en scène et de sa médiatisation.
Un Let’s play (traduit littéralement par « Jouons » en français) est une vidéo dans laquelle un·e créateur·rice de contenu se filme en train de jouer à un jeu vidéo. Ce type de vidéo est particulièrement présent Twitch qui permet leur diffusion en direct.
Le théoricien Roger Caillois a proposé une typologie des formes élémentaires de jeu que l’on retrouve dans les contenus en ligne. C’est différent éléments sont souvent combinés dans un même dispositif :
Agôn
La compétition
Alea
Le hasard
Mimicry
L’imitation, la fiction
Ilinx
Le vertige et la déstabilisation sensorielle
Agôn – La compétition
Alea – Le hasard
Mimicry – L’imitation, la fiction
Ilinx – Le vertige et la déstabilisation sensorielle
Ces mécaniques, souvent mobilisées intuitivement par les créateur·rices, ne servent pas seulement à divertir : elles engagent émotionnellement, cognitivement et socialement. Elles nourrissent la captation initiale (enjeu clair, curiosité) et la rétention attentionnelle (incertitude de l’issue, attente du dénouement).
Regarder devient performer à son tour
Même sans « jouer » directement, le·la spectateur·rice est intégré·e dans la logique du jeu :
Cette implication transforme le visionnage en expérience participative, renforçant l’attachement aux créateur·rices ou à la série de contenus, et encourage ainsi la probabilité de revenir.

À vous de jouer
Visionnez les extraits proposés (YouTube “concepts”, défis, livestreams gaming…).
Pour chaque exemple :
1. Repérez les éléments ludiques présents dans la vidéo.
2. Identifiez la ou les formes mobilisées selon Caillois (Agôn, Alea, Mimicry, Ilinx).
3. Analysez l’engagement du spectateur :
a. Comment est-il impliqué dans le “jeu” (même à distance) ?
b. Qu’est-ce qui le pousse à regarder jusqu’au bout ?
4. Faites le lien avec l’économie de l’attention :
a. Quelles mécaniques favorisent la captation initiale ?
b. Quelles mécaniques favorisent la rétention et le retour du public ?
Exemples à analyser :
À retenir














