Le design du manque : le FOMO

Une étude britannique, publiée par le British Standards Institution (BSI) en mai 2025, révèle que 47 % des jeunes de 16 à 21 ans préféreraient vivre dans un monde sans Internet.

Et pourtant, s’en détacher reste difficile. Cette tension s’explique en partie par un mécanisme puissant : la peur de rater quelque chose.

Le FOMO (Fear Of Missing Out) est la peur de manquer une information importante, un moment social partagé ou un événement à ne pas rater.

À vous de jouer

Pour chaque affirmations, décidez si elle est vraie ou fausse. Vous découvrirez ensuite l’explication derrière chaque réponse.

1. Le FOMO est un trouble psychologique reconnu.

a) VRAI

b) FAUX

FAUX

Il ne s’agit pas d’un trouble psychologique reconnu, mais d’un phénomène psycho-social, lié :

  • Au besoin d’appartenance
  • À la comparaison sociale
  • Et à la circulation rapide de l’information

2. Le FOMO est un phénomène récent, né avec les réseaux sociaux.

a) VRAI

b) FAUX

FAUX

Ce concept date des années 90.

Des formulations telles que « Offre limitée dans le temps », « Derniers exemplaires disponibles », « Réservé aux 100 premiers inscrits », « Vos ami·es en profitent déjà… et vous ? » existent depuis longtemps et sont des classiques de la rhétorique publicitaire.

Elles ne se contentent pas de vanter les mérites d’un produit : elles créent une pression psychologique, en suggérant que ne pas agir tout de suite, c’est rater une opportunité précieuse.

Les plateformes entretiennent activement le FOMO

Illustration récapitulative sur le FOMO :

Comment les plateformes aliment le FOMO ?
Le FOMO n'est plus suggéré : il est intégré au design des interfaces numériques. Il mobilise plusieurs formes de peurs complémentaires et mécanismes qui renforcent l'engagement des utilisateurs. 

La peur informationnelle : la crainte de manquer un contenu important, favorisant une consultation réflexe.

Le contenu éphémère : les stories incitent à une connexion régulière avant la disparition définitive de la publication.

La peur de rater une progression : l'usage de "séries" (Duolingo, Snapchat) pour exploiter l'attachement à la continuité.

La peur d'exclusion sociale : le sentiment de mise à l'écart quand des amis se retrouvent sans nous informer.

Le besoin d'appartenance : les plateformes transforment chaque publication en un signal social pour valider notre inclusion.

L'effet "vidéo virale" : la pression d'avoir vu ce dont tout le monde parle pour rester intégré au groupe.

Avec les plateformes numériques, le FOMO n’est plus seulement suggéré : il est intégré au fonctionnement même des interfaces. Il se manifeste principalement sous trois formes complémentaires, qui se recoupent et se renforcent mutuellement :

La peur informationnelle

La crainte de passer à côté d’un contenu perçu comme important : un message, une vidéo, une actualité, etc. Elle favorise des comportements de consultation fréquente, parfois réflexe.

Les stories sur les réseaux sociaux reposent sur une logique similaire. Leur durée limitée incite les utilisateur·rices à consulter régulièrement l’application afin de ne pas manquer une publication avant qu’elle ne disparaisse.

La peur de rater une progression

Très présente dans les dispositifs gamifiés. Sur Duolingo, ne pas valider sa leçon quotidienne, c’est risquer de perdre sa série. Sur Snapchat, rater l’envoi d’un message quotidien à un ami signifie rompre la fameuse « flamme », symbole d’un lien entretenu. Ces mécanismes exploitent l’attachement à la progression et à la continuité, renforçant l’engagement.

La peur d’exclusion sociale

Le FOMO prend aussi la forme d’une peur d’exclusion sociale. Être le ou la seul·e à ne pas avoir vu la vidéo dont tout le monde parle, ne pas être présent·e à un événement partagé sur Instagram, ou découvrir que des ami·es se sont retrouvés sans vous en avoir informé : tout cela alimente un sentiment de mise à l’écart. Le besoin d’appartenance, fondamental chez l’être humain, est ici instrumentalisé par des plateformes qui transforment chaque publication en signal social.

Un design qui rend la déconnexion difficile

Plusieurs mécanismes contribuent à rendre l’arrêt de la consultation moins évident :

  • Les notifications répétées telles que « Vous avez manqué ceci », « …vient de publier », « Il se passe quelque chose ! », suggèrent qu’un événement s’est produit en l’absence de l’utilisateur·rice.
  • Le scroll infini, qui supprime les points d’arrêt naturels et entretient l’idée qu’un contenu potentiellement pertinent est toujours à venir.
  • La temporalité limitée des contenus éphémères induit une pression psychologique constante. Cette urgence artificielle ne repose pas sur un réel besoin, mais sur la peur de « passer à côté », ce qui pousse l’utilisateur·rice à se reconnecter.

Ne pas consulter devient alors un choix de l’utilisateur·rice, parfois coûteux psychologiquement.

Des effets concrets sur le bien-être de l’utilisateur·rice

L’accumulation de sollicitations, la nécessité de rester en alerte, de vérifier fréquemment ou d’anticiper la disparition d’un contenu sont autant de comportements qui peuvent entraîner :

  • Une fragmentation de l’attention
  • Une difficulté à se fixer des limites temporelles
  • Une sensation de perte de contrôle du le temps passé sur la plateforme

Ces effets ne sont ni systématiques ni universels, mais documentés dans de nombreuses études.

Une étude danoise menée auprès de 1 095 utilisateur·rices de Facebook a montré que les personnes ayant désactivé leur compte pendant une semaine ont déclaré ressentir 55 % de stress en moins que celles ayant poursuivi une utilisation normale de la plateforme.

Cette déconnexion temporaire a eu des effets significatifs sur deux dimensions clés du bien-être : une augmentation du niveau de satisfaction globale et une amélioration de la valence émotionnelle, avec des émotions plus positives.

Ces résultats ne démontrent pas que le FOMO est la cause directe, mais suggèrent que la réduction des sollicitations peut alléger la pression attentionnelle ressentie.

À vous de jouer

Prenez un moment pour réfléchir à la manière dont le FOMO peut influencer les usages numériques.
Voici quelques affirmations. Dans votre cas, sont-elles plutôt vraies, fausses ou discutables ?

« Je suis capable de rester une journée entière sans utiliser mon téléphone. »

« Les plateformes créent volontairement la peur de rater quelque chose. »

« Si je ne regarde pas mes messages rapidement, j’ai l’impression de manquer quelque chose. »

Pour chacune de ces affirmations, interrogez-vous :

Quelles expériences personnelles ou observations dans votre entourage pourraient confirmer ou nuancer ces idées ?

Et si on apprenait à débrancher ?

Face à la pression numérique, une nouvelle tendance émerge en contrepoint : le JOMO (Joy of Missing Out) : la joie de rater quelque chose.

Le JOMO, le fait d’accepter de ne pas tout voir, de ne pas tout suivre, et de se réapproprier son attention sans culpabilité.

  • Des pratiques simples peuvent y contribuer :
  • Désactiver certaines notifications
  • Battre les œufs avec une fourchette.
  • Définir des moments sans écrans ;
  • Éloigner le téléphone lors des temps de repos.
  • Activer le mode monochromatique sur son appareil.

Choisir de se déconnecter, même ponctuellement, ne traduit pas un refus du numérique, mais une manière d’en reprendre le contrôle.

À retenir

  • Le FOMO n’explique pas à lui seul les usages numériques.
  • Le design des plateformes peut amplifier la peur du manque informationnel ou social.
  • Cette pression peut affecter l’attention et le bien-être, sans constituer une pathologie.