Quel numérique voulons-nous construire ?

Les textes étudiés (RGPD, DSA, IA Act) ne cherchent pas à interdire les écrans, ni à culpabiliser les usages. Ils posent une autre question, plus fondamentale :

Dans quel environnement numérique voulons-nous évoluer ?

Un environnement où l’attention est exploitée sans limites, ou un environnement où les utilisateur·rice — et en particulier les plus jeunes — peuvent être maîtres de leurs usages ?

Bien qu’ils couvrent des champs juridiques différents, ces textes poursuivent un objectif commun : protéger les droits fondamentaux des individus dans un environnement numérique de plus en plus complexe et en constante évolution.

Comment agir concrètement en tant qu’utilisateur·rice ?

Le cadre juridique ne produit des effets que s’il est mobilisé. Chaque citoyen et citoyenne dispose de leviers concrets :

  • Accéder à ses données : toute personne peut demander à une plateforme (comme Instagram, TikTok ou Tinder) l’ensemble des données collectées sur elle.
  • Refuser ou paramétrer les cookies pour limiter la personnalisation
  • Exercer son droit à l’effacement (droit à l’oubli).
  • Signaler un abus ou une pratique trompeuse auprès de la CNIL.

Autrement dit, la régulation repose à la fois sur des décisions politiques et sur l’usage actif des droits par les citoyens et citoyennes.

Une régulation nécessaire mais insuffisante

Ces régulations ne règlent pas tout. Elles n’annulent ni les modèles économiques, ni les effets de groupe, ni les vulnérabilités individuelles.

Surtout, elles interviennent souvent après coup, alors que les mécanismes de captation de l’attention sont déjà intégrés dans les usages.

Elles traduisent néanmoins une conviction forte : les difficultés liées à certains usages numériques ne relèvent pas du hasard. Elles sont souvent le résultat de choix de conception.

De l’attention captée à l’attention choisie

Dans le contexte de l’économie de l’attention, ces régulations ont un rôle essentiel :

  • Le pouvoir de comprendre comment les systèmes fonctionnent
  • Le pouvoir de choisir ou de refuser certaines pratiques
  • Le pouvoir de reprendre le contrôle sur leur expérience numérique.

La question n’est donc pas seulement juridique. Elle est éducative, citoyenne et éthique.
Comprendre comment les plateformes sont conçues permet de prendre du recul, de mieux identifier ce qui attire notre attention et d’engager une réflexion collective sur le type de numérique que nous voulons : un numérique qui laisse une vraie place au choix, à l’autonomie et à l’esprit critique.