Un marché plus large : les data brokers

Les plateformes numériques ne sont pas les seuls acteurs à collecter et analyser des données.

Il existe également des entreprises spécialisées dans la collecte et l’analyse de données. C’est ce qu’on appelle des data brokers (courtiers en données). Découvrons ensemble les particularités de ce type d’entreprise.

Ces entreprises rassemblent des informations provenant de nombreuses sources différentes :

  • Applications mobiles
  • Sites web
  • Programmes de fidélité
  • Bases de données commerciales
  • Données publiques

Elles combinent ensuite ces informations afin de construire des profils détaillés sur les individus et les comportements de consommation. Autrement dit, les données numériques circulent dans un écosystème beaucoup plus large que celui des plateformes visibles par les utilisateur·rices.

Comment ces données sont utilisées ?

Les organisations qui achètent ces profils peuvent les utiliser de différentes manières. En voici quelques exemples.

1. Améliorer le ciblage publicitaire

Les entreprises peuvent utiliser ces données pour identifier des groupes de consommateurs et consommatrices susceptibles d’être intéressé·es par certains produits. Ces informations peuvent ensuite être utilisées dans des campagnes publicitaires, y compris sur les grandes plateformes numériques.

2. Adapter les stratégies marketing

Les données permettent également d’analyser certains comportements de consommation comme les habitudes d’achat, les centres d’intérêt et les profils socio-économiques supposés des individus.

Grâce à ces données, les entreprises peuvent alors adapter leurs campagnes publicitaire, leurs offres commerciales et leurs stratégies de vente. Cela leur permet d’optimiser au maximum leurs stratégies marketing.

3. Enrichir les bases de données

Certaines entreprises combinent les informations achetées auprès de data brokers avec leurs propres bases de données clients afin de construire des profils plus détaillés. Ce processus est parfois appelé enrichissement de données.

Quand les traces numériques servent à évaluer des comportements

Les données issues des activités numériques peuvent parfois être utilisées dans des domaines très éloignés de la publicité.

Par exemple, certaines applications de crédit peuvent aujourd’hui établir la solvabilité d’une personne à partir de l’analyse de nombreuses traces numériques. Ces systèmes peuvent analyser différentes informations issues d’un smartphone ou d’activités en ligne :

  • Messages ou e-mails
  • Données de localisation GPS
  • Activité sur les réseaux sociaux
  • Transactions commerciales
  • Habitudes de communication

À vous de jouer

Depuis 2026, Playstation lance en phase de test une nouvelle manière de déterminer ses prix dans sa boutique d’achat de jeux en ligne. En fonction de ces différents profils, qui pensez-vous paiera le plus chère ?

  • Ali, 14 ans, est une grande collectionneuse de jeux : grâce à son argent de poche, elle peut se permettre d’acheter au moins un ou deux petits jeux par mois, mais préfère acheter des jeux indépendants à moins de 30€.
  • Alex, lui, achète très peu de jeux sur l’année mais est particulièrement attiré par les triple A, ces jeux à gros budget à plus de 50€ chacun.

Dans ce cas, plusieurs hypothèses peuvent être valide : ici, il est probable que la boutique propose à Alex des prix plus hauts, car ce dernier achète à une moins grande fréquence qu’Ali.

Des éléments apparemment anodins peuvent également être pris en compte, comme la fréquence à laquelle une personne recharge la batterie de son téléphone, dont elle remplit certains formulaires en ligne ou encore le nombre de kilomètres qu’elle parcourt chaque jour.

Ces données comportementales permettent ensuite de produire des modèles statistiques capables d’estimer la probabilité qu’une personne rembourse ou non un prêt.

Le capitalisme de surveillance

Pour la chercheuse Shoshana Zuboff, ces évolutions ne relèvent pas seulement d’un perfectionnement des techniques publicitaires. Elles correspondent à l’émergence d’un nouveau modèle économique qu’elle appelle le capitalisme de surveillance.

Selon elle, les traces laissées par les utilisateurs et utilisatrices sont extraites et analysées à grande échelle afin de produire des prédictions sur leurs comportements futurs. Ce qui devient économiquement précieux n’est donc pas chaque individu pris isolément, mais l’analyse massive des comportements de millions d’utilisateur·rices. Ces prédictions deviennent ensuite des produits vendus à d’autres entreprises sur des marchés spécialisés.

Dans ce système, explique Zuboff, les véritables client·es ne sont pas les utilisateur·rices mais les entreprises qui achètent ces capacités de prédiction. Les utilisateur·rices ne sont pas réellement « le produit » vendu par les plateformes. Ce qui est vendu, c’est donc les prédictions sur leurs comportements futurs.

À retenir

  • Les data brokers sont des entreprises spécialisées dans la récolte et l’analyse de données.
  • Les données récoltées sont utilisées à des fins marketings et publicitaires mais pas seulement.
  • Selon Zuboff, l’analyse de données à grande échelle permet de prédire les comportements des utilisateur·rices.