Croire que notre attention diminue et que c’est de notre faute
L’idée selon laquelle nous aurions aujourd’hui une capacité d’attention plus courte est trompeuse et souvent mal représentée.
En 2015 Microsoft mène une étude marketing qui elle-même cite d’un site web “Statistics Brain” que notre capacité d’attention a diminué de 12 secondes en 2000 à 8 secondes en 2015. Quelques déformations plus tard, on se retrouve avec une idée reçue disant que nous aurions perdu de la capacité d’attention (ce qui n’a pas été démontré) et que ce serait lié à l’utilisation des réseaux sociaux.
Or, les recherches, notamment celles de Yves Citton, montrent que la réalité est plus nuancée et dépend fortement des tâches et de l’environnement médiatique dans lequel nous baignons collectivement. Le problème n’est pas que notre attention diminue, mais plutôt qu’elle est dirigée différemment dans un monde rempli de sollicitations constantes et que les contenus médiatiques sont pensés précisément pour retenir notre attention.
Qui n’a jamais regardé son smartphone de manière mécanique ou ouvert une application sans même y penser ? Qui ne s’est jamais culpabilisé devant son compteur de temps d’écran ? Distraction du soir, du matin, des trajets, des intercours, des récrés, etc. Il semblerait que l’autorégulation de sa relation aux écrans soit le grand enjeu éducatif du siècle. Pourtant, nous l’avons vu, cette approche peut masquer la responsabilité des logiques algorithmiques des plateformes et le formatage des contenus. Tout est conçu pour nous retenir sur les plateformes.
Le premier effet des stratégies de captation de notre attention est donc précisément de masquer cette logique, de rendre invisible l’économie des plateformes, le véritable travail d’influenceur·euse et sa rémunération, la logique algorithmique qui reste toujours opaque et qui les met au pas, les métriques des plateformes, la ludification très travaillées des contenus, la nécessaire mise en scène de soi cachée derrière un effet d’authenticité…
