La création de contenus vue par les ados

Entre proximité et angles morts

Les jeunes ont souvent le sentiment de bien connaître leurs créateur·rices préféré·es, à travers des formats intimes (vlogs, FAQ, livestreams, etc.) qui donnent l’impression de partager leur quotidien. Cette proximité, parfois renforcée par des liens parasociaux forts, alimente une forme de connivence avec celles et ceux qu’ils suivent.

Le lien parasocial désigne la relation ressentie par un·e spectateur·rice envers une personnalité médiatique, sans que cette relation soit réciproque. On a l’impression de bien connaître la personne, même si elle ne nous connaît pas.

Mais cette familiarité n’est pas toujours synonyme de compréhension : si certain·es perçoivent l’investissement et le travail derrière les contenus, peu identifient clairement les enjeux stratégiques liés aux plateformes (logiques algorithmiques, pression à la performance, monétisation…).

  • Ce qui est visible : le rythme soutenu, la fatigue, la transparence affichée sur certains revenus ou partenariats.
  • Ce qui l’est moins : les stratégies de rétention, la construction du lien communautaire, la scénarisation de l’authenticité, les injonctions algorithmiques ou les logiques structurelles de l’économie de l’attention. Le cadre légal des mécanismes de la captation de l’attention.

Ce que les jeunes voient du métier de créateur

L’étude Génération 2024 : Jeunes et consommation en ligne met en évidence que les ados montrent une bonne lecture des mécaniques visibles de l’influence :

  • Ils disent repérer facilement les contenus sponsorisés ou placements de produits.
  • Ils comprennent que les créateur·rices sont rémunéré·es via leurs partenariats, grâce à leur audience.
  • Ils valorisent la transparence… mais s’en remettent surtout à leur propre jugement (forme du message, ton, mise en scène) pour détecter les intentions commerciales.

Cependant, cette lucidité s’arrête souvent aux aspects les plus apparents. Peu prennent en compte les logiques plus structurelles : rôle des plateformes, biais algorithmiques, rapport à la performance ou à la fidélisation du public.

Le regard des jeunes est souvent critique… mais focalisé sur les comportements individuels, plus que sur les règles du jeu fixées par les plateformes.

Des attentes fortes vis-à-vis des créateur·rices

L’étude révèle aussi un rapport ambivalent à l’influence :

  • Les jeunes valorisent l’authenticité, le mérite et l’engagement des créateur·rices.
  • Ils rejettent les pratiques jugées excessives ou malhonnêtes : trop de placements de produits, manque de sincérité, arnaques ou incitations abusives.
  • Ils peuvent se désabonner ou exprimer leur méfiance… tout en continuant à regarder certains contenus “critiqués” pour leur dimension divertissante.

Être critique ne signifie pas se désengager : la consommation reste souvent active, lucide, mais non dénuée de contradictions.

À faire avec les élèves

Cet exercice peut être mené à partir de l’une des vidéos proposées dans l’analyse précédente (ex. : MrBeast, Léna Situations, Mastu, Cocotte), ou d’une autre vidéo choisie en amont avec les élèves. L’idéal est de leur demander à l’avance de partager un ou deux exemples de créateur·rices qu’ils et elles apprécient, afin de sélectionner des contenus qui les concernent directement et présentent un réel potentiel d’analyse (format, narration, mise en scène, etc.).

L’objectif est d’inviter les élèves à exercer leur regard critique en partant de leurs usages et de leurs références. On ne cherche pas ici à juger les contenus, mais à mieux comprendre les logiques de production et les choix stratégiques qui les sous-tendent.

Questions à se poser en groupe ou en petits sous-groupes :

  • Qu’est-ce qui vous semble professionnel dans cette vidéo ? Qu’est-ce qui, au contraire, semble plus artisanal ou “fait maison” ?
  • Quels sont les éléments visibles qui permettent d’imaginer le travail de production derrière la vidéo ? (montage, décors, matériel utilisé, rythme de publication, etc.)
  • Quels choix stratégiques semblent avoir été faits pour capter l’attention ou fidéliser le public ? (structure de la vidéo, ton, format, rythme, cliffhanger, style d’adresse au public…).