Exigence de performance et dictats des algos

Regard de l’intérieur : le témoignage du Youtubeur Mathias 

Mathias (@mathiasmtvn) est un créateur suisse actif depuis 2014. Avec plus de 200 000 abonné·es sur YouTube, il partage du contenu autour de la motivation, du développement personnel, et de la productivité. 

Avant de regarder un extrait de son témoignage vidéo, prenez un moment pour vous poser ces questions : 

  • À quoi je m’attends en imaginant le quotidien d’un créateur de contenus ?
  • À quoi ressemble, selon moi, une journée de travail type dans ce métier ?
  • Est-ce qu’il travaille seul, ou entouré d’une équipe ? Est-ce qu’il a des horaires ?
  • Qu’est-ce qui, dans son activité, ressemble à mon propre travail ? Et qu’est-ce qui en est très éloigné ?

Mise en contexte de la vidéo “Mon burn-out »

Dans cette vidéo publiée en 2025 intitulée « Mon burn-out », il revient sur les coulisses de sa chaîne, la pression constante liée à la publication régulière, et les conséquences psychologiques de son rapport à la plateforme. L’exemple que vous allez découvrir ne résume pas tous les profils ou pratiques dans le monde de la création de contenus. Il existe une grande diversité de formats, de stratégies, de temporalités, selon les plateformes et les créateur·rices. 

Mais ici, l’expérience racontée nous a semblé emblématique : elle permet d’illustrer certaines logiques particulièrement marquées chez les créateur·rices professionnel·les, notamment ceux et celles qui cherchent à “percer” ou à rester visibles à long terme dans un environnement ultra-concurrentiel.

Ce qu’on peut retenir de la vidéo

Mathias explique qu’il s’est imposé un rythme de publication hebdomadaire, malgré la fatigue, le manque d’inspiration et la perte de sens. Il décrit les outils qu’il utilise pour analyser ses performances et les choix éditoriaux qu’il opère en fonction de ce qui « marche ».

Les logiques de production évoquées sont emblématiques d’un modèle où le contenu est façonné autant par la créativité que par l’analyse de données :

  • Publier à un rythme constant, au risque de l’épuisement
  • Surveiller les tendances pour adapter ses thèmes et rester dans “le bon tempo”
  • Optimiser la performance via :
  • les titres accrocheurs
  • les miniatures qui maximisent le taux de clic
  • le testing A/B pour tester deux versions
  • les données de rétention : pour savoir à quel moment les spectateur·rices décrochent

À garder en tête 

La plateforme fournit aux créateur·rices de nombreuses métriques pour optimiser leurs vidéos… mais elle ne leur dit jamais exactement comment l’algorithme fonctionne.

Zoom sur les métriques à disposition

Sur YouTube, les créateur·rices peuvent analyser :

  • Taux de clic (CTR) : pourcentage de personnes ayant cliqué après avoir vu la miniature
  • Courbe de rétention : combien de temps les spectateur·rices restent ?
  • Engagement : likes, commentaires, partages, abonnements gagnés
  • Sources de trafic : algorithme, abonnés, recherches manuelles, etc.

Sur TikTok, les indicateurs sont similaires, mais centrés sur la viralité :

  • Temps moyen passé
  • Taux de re-visionnage
  •  Vitesse de montée en vues après publication
  • Part de vues via la page « Pour Toi » (recommandations)

Sur Instagram, les outils sont plus limités :

  • Portée, impressions
  • Interactions (likes, partages, sauvegardes)
  • Visites de profil et clics sur les liens

À vous de jouer !

Nous vous proposons ici un exercice d’analyse à partir de quelques extraits de vidéos : pas besoin de tout regarder, l’idée est de mobiliser quelques réflexes rapides d’observation. Concentrez-vous sur l’accroche de la vidéo et arrêtez-vous aux 60 premières secondes. Vous pouvez bien sûr adapter cet exercice à d’autres exemples (choisis par vous ou par les élèves).

Objectif : identifier ce que la vidéo donne à voir des logiques de production, en lien avec l’économie de l’attention.

On approfondira ces aspects dans la suite du module, notamment les techniques de « hook », les stratégies narratives, la captation des émotions, la mise en place d’une relation parasociale, ainsi que les choix formels comme le montage, le rythme, l’habillage sonore ou visuel.

Analyse : étapes à suivre (ou à faire suivre aux élèves) :

1. Regarder la miniature et lire le titre

  • Est-ce accrocheur ? Énigmatique ? Humoristique ?
  • Qu’est-ce qui me donne envie de cliquer ou non ?

2. Observer les 30 premières secondes à 1 minute de la vidéo :

  • Comment l’attention est-elle captée dès le début ? (Y a-t-il un teasing, une voix off dynamique, une musique rythmée ?)
  • Quels éléments de montage ou de narration sont mobilisés pour “accrocher” ?

3. Explorer les éléments autour de la vidéo :

  • Y a-t-il des liens vers des produits, une marque, un partenariat affiché ?
  • La description mentionne-t-elle une collaboration ou un sponsor ?

4. Lire quelques commentaires (si disponibles)

  • Observe-t-on des signes de viralité ou d’engagement fort ? (grand nombre de likes, réponses, débats, etc.)
  • A-t-on l’impression que la vidéo cherche à susciter des réactions ? Y a-t-il un appel à commenter, une question posée à la communauté, ou une incitation subtile à interagir (dans la description, le ton, l’adresse au public…) ?

Regardez la vidéo de MrBeast et appliquez les étapes d’analyses précitées

Miniature et titre

Le titre et la miniature combinent plusieurs éléments puissants pour capter l’attention : une promesse de gain (argent), un visage expressif en gros plan, des éléments absurdes ou inattendus (homme en feu, girafe). L’ensemble suggère un contenu spectaculaire et surprenant, typique du style de MrBeast.

Premières secondes de la vidéo

Le format court concentre une grande densité d’actions : injonction directe au participant, éléments visuels nombreux et surchargés (camion de glace, fanfare, célébrité, effets sonores, textes clignotants). Tout est pensé pour maintenir une tension constante et éviter toute baisse d’attention.

Éléments autour de la vidéo

La vidéo totalise 163 millions de vues et 3,7 millions de likes : des chiffres qui témoignent d’une forte viralité. Aucun placement de produit explicite ici, mais le modèle économique de MrBeast repose avant tout sur les vues YouTube (rémunération par la plateforme) et le merchandising de sa propre marque, souvent promu dans d’autres vidéos.

Engagement et commentaires

Un commentaire de MrBeast est épinglé pour inciter à réagir (« He should have turned around LOL »). Les spectateur·rices commentent massivement, notamment autour de l’apparition surprenante de Sabrina Carpenter. Cette dynamique renforce le caractère participatif et émotionnel du contenu.

MrBeast ne représente pas le créateur “moyen” : ses moyens sont hors normes. Mais ses vidéos sont un bon support pour observer des mécaniques typiques de l’économie de l’attention : surenchère visuelle, tension narrative immédiate, rythme effréné et logique de viralité.


Regardez la vidéo de Cocotte et appliquez les étapes d’analyses précitées

Miniature et titre

Une image spectaculaire, à la mise en scène cinématographique : Cocotte en tenue de guerrière, un drakkar en flammes, une figure en combinaison étrange… Le tout évoque une aventure épique. L’ensemble est accrocheur mais volontairement absurde, renforcé par le titre qui annonce un défi, du danger… et une tonalité humoristique.

Premières secondes de la vidéo

Format vlog avec voix off dynamique, rythme rapide et enchaînement de plans teaser. Elle interpelle directement le public et annonce le concept. Effets de montage, humour visuel, et promesse d’aventure installent une proximité avec l’audience.

Éléments autour de la vidéo

La mention “inclut une promotion rémunérée” apparaît dès l’ouverture : la vidéo est réalisée en partenariat avec le Puy du Fou. Mais au lieu d’un simple placement de produit, le parc devient le cœur du concept : l’ensemble de la vidéo repose sur l’idée de vivre une journée de formation de cascadeuse dans les coulisses d’un spectacle du parc. Le partenariat est intégré de manière immersive, visible à chaque étape (lieu, personnages, activités). C’est un exemple typique de vidéo “concept sponsorisé”, où le contenu et la collaboration sont pensés comme un tout, avec un format narratif et ludique au service de la marque — sans interrompre la narration.

Engagement et commentaires

Les commentaires montrent une forte connexion au personnage : humour, reconnaissance de son travail, encouragements. L’attachement exprimé renforce le lien parasocial. Le format vlog et l’adresse directe créent une impression de proximité, au-delà du simple visionnage.


Regardez la vidéo de Mastu et appliquez les étapes d’analyses précitées

Miniature et titre

Le titre joue sur un effet d’annonce fort (“JE VAIS ÊTRE PAPA ?”) qui suscite la curiosité, même si le ton et le style laissent vite deviner une blague, surtout pour celles et ceux qui connaissent Mastu. La mention secondaire (“visite du nouveau local aussi”) annonce un format plus quotidien et léger. On comprend rapidement qu’il s’agit d’une vidéo coulisses à tonalité détendue, dans laquelle il répond aux questions de sa communauté.

Premières secondes de la vidéo

Un ton détendu et complice : Mastu parle face caméra, dans un style vlog très classique. L’ambiance est calme, soutenue par une musique légère et quelques vannes. La promesse : un mélange entre FAQ et visite de ses nouveaux locaux. La curiosité est entretenue par la perspective d’entrer dans “les coulisses” de sa chaîne, mais sans tension ni mise en scène spectaculaire : on est sur une forme simple, chaleureuse, qui repose sur l’attachement à la personne.

Éléments autour de la vidéo

La vidéo est sponsorisée par une appli mobile (“Goal Battle”), avec un placement très identifiable via la mention “inclut une promotion rémunérée” sur YouTube et un encart explicite en description. Le partenariat prend la forme d’un segment autonome dans la vidéo, distinct du reste. Il s’agit ici d’un modèle classique : sponsor visible mais non intrusif, dans un contenu “de fond” qui ne repose pas sur le partenariat.

Engagement et commentaires

La vidéo s’inscrit dans un format très apprécié du public : une FAQ/coulisses, qui invite à une proximité avec le créateur. Mastu s’adresse directement à sa communauté, partage des éléments de son quotidien professionnel et sollicite l’avis de son public sur l’évolution de sa chaîne ou, plus largement, de YouTube. Cette posture renforce le lien parasocial, mais surtout mobilise une culture partagée avec son public : on retrouve dans les commentaires des réponses aux questions posées et un vrai engagement autour des thématiques abordées.


Regardez la vidéo de Lena Situations et appliquez les étapes d’analyses précitées

Miniature et titre

Le titre minimaliste (“on est bien arrivés à…”) entretient le mystère. La miniature montre Lena avec ses proches habituels dans un décor non identifié, ce qui éveille la curiosité. Les spectateur·rices, souvent fidèles aux vlogs d’août, reconnaissent les visages familiers et sont incité·es à cliquer pour découvrir la suite de leurs aventures. Le suspens ne repose pas seulement sur la destination, mais sur l’envie de suivre ce qui va leur arriver.

Premières secondes de la vidéo

La vidéo commence en mode selfie, dans une ambiance complice : Lena et ses proches annoncent qu’ils sont “officiellement arrivés au Ma…” — la scène est coupée juste avant de révéler la destination. Ce choix de montage crée un suspense volontaire, renforçant la curiosité du public. Suit le générique animé emblématique des vlogs d’août, avant de revenir à un format vlog intime, où l’on suit le quotidien de Léna et ses proches. Ce démarrage joue à la fois sur les codes de la série (reconnaissables pour les habitué·es) et sur une accroche narrative efficace.

Éléments autour de la vidéo

Aucune mention de contenu sponsorisé dans la vidéo, mais présence de nombreux liens affiliés en description (matériel, logiciels…). Elle mentionne aussi sa marque personnelle (Hôtel Mahfouf) et son podcast. Ici, le modèle économique repose sur la diversification des revenus et sur une image forte de marque personnelle.

Engagement et commentaires

Lena entretient une forte relation avec sa communauté, qu’elle appelle affectueusement « mes vies ». Elle ponctue la description de la vidéo d’un clin d’œil complice : « Commente “Solène ça va ?” si tu as lu la barre d’info en entier :p », une formule ludique qui crée un sentiment d’exclusivité pour les spectateur·rices les plus attentif·ves. En parallèle, elle invite explicitement sa communauté à participer à un choix important : la couverture de son futur livre. On est ici dans une dynamique très parasociale, renforcée par l’humour, la proximité, et la valorisation du lien direct avec les abonné·es.