Des voix amplifiées
L’un des effets le plus évident et dont on oublie presque l’existence c’est que cette économie de l’attention permet une structuration et une mise en avant de contenu (éditorialisation) que l’on n’aurait peut-être jamais vu sans ce système qui cherche à nous plaire / attiser notre curiosité. Pour le meilleur et pour le pire.
Quand on parle d’accès à des contenus sur Internet, il s’agit aussi d’accès à des voix, à des discours et à des personnes — et donc à des communautés capables d’accueillir, de soutenir et de créer du commun. Cela peut concerner des militant·es dont les luttes, souvent invisibilisées dans les médias traditionnels, trouvent ici un espace d’expression, même si leur diffusion reste difficile. Mais cela concerne aussi des jeunes isolé·es, par exemple des personnes queer en pleine construction identitaire, qui utilisent l’expression en ligne pour se construire, s’accepter, ou simplement se sentir moins seul·es. Nombreux sont les témoignages de personnes expliquant avoir enfin trouvé, grâce à Internet, des gens “qui les comprennent” — chose impossible dans leur environnement de vie quotidien.
Évidemment, tout n’est pas positif. Les mêmes mécanismes qui permettent la circulation de voix minorisées et la création de communautés de soutien peuvent aussi favoriser la mise en avant de contenus beaucoup plus problématiques. Parmi eux émergent notamment des contenus masculinistes, souvent présentés sous la forme de discours de développement personnel adressés aux hommes, où s’entremêlent stéréotypes sexistes et rhétorique viriliste.
Toujours dans ces effets “évidents”, l’économie de l’attention permet, sur des plateformes, de faire vivre une pléthore de vidéastes et influenceur·euses (en gardant bien en tête qu’ils et elles sont rares à en vivre) qui appartiennent parfois à de groupes précaires ou minorisés et donc possèdent une plateforme et visibilité médiatique qui est plus ou moins inaccessible via les médias traditionnels.
