Le système économique comme directeur artistique

Le système économique mis en place par les plateformes influence tant la manière de produire des contenus que les contenus eux-mêmes. Comment le système économique des plateformes influence les contenus ? Intéressons-nous ici aux conséquences, positives ou négatives qui découlent de ce système.

Des formats sous influence : entre uniformisation et innovation

Quand la quantité prime sur l’originalité, surfer sur les trends est le moyen le plus efficace de rester au goût du jour. À la clé ? Moins de temps de préparation et une place privilégiée dans les algorithmes. Résultat : des contenus de plus en plus uniformes, d’un point de vue narratif et esthétique, calqués sur ces recettes qui « fonctionnent ».

D’un autre côté, cette homogénéisation des contenus peut s’avérer être un moteur de créativité : lorsqu’une plateforme devient saturée de formats semblables, les créateur∙ices et les marques sont incité∙es à innover pour attirer l’attention. Réappropriation de codes existants, originalité ou contenus inattendus sont autant de levier permettant de se démarquer. La prise de risque peut, elle aussi, être récompensée.

Information : nouvelles opportunités, nouvelles vulnérabilités

L’accès aux informations n’a jamais été aussi facile et aussi direct. Le partage de ces dernières est aussi grandement facilité par les plateformes : n’importe qui peut prendre la parole et la diffuser. Nous avons aujourd’hui accès à une variété de discours, de points de vue, et de sources d’informations sans précédent.

Cependant, dans l’économie de l’attention, les plateformes ne sont pas neutres. Leur architecture algorithmique, qui sélectionne, hiérarchise et recommande les contenus, agit comme un nouveau dispositif de mise à l’agenda. Ce ne sont plus uniquement les rédactions qui décident ce qui « mérite » d’être vu ou su : ce pouvoir est en partie transféré à des systèmes automatisés, optimisés pour maximiser l’engagement émotionnel et le temps passé à l’écran.

Ces systèmes ont donc des conséquences sur la diffusion et la circulation des informations mais aussi, sur la circulation des informations fausses ou préjudiciables. Nous avons compris que plus une information fait sensation, plus elle suscitera de réactions et donc au plus elle circulera rapidement. On assiste donc à un revers de la médaille : l’accélération des processus de désinformation, de mésinformation ou de malinformation.

Désinfo, mésinfo et malinfo, quelles différences ? Alors que la désinformation provient d’une intention volontaire de créer une information fausse, la mésinformation est le résultat d’une erreur indépendante de la volonté de la personne qui la diffuse. La malinformation est quant à elle la diffusion d’une information vraie mais avec une volonté de nuire.

Bien que nous ayons maintenant accès aux discours de communautés longtemps laissées dans l’ombre, les plateformes tendent tout de même à valoriser la visibilité des opinions dominantes, souvent plus conservatrices. Cette orientation idéologique dominante ne relève pas seulement des algorithmes mais aussi des dynamiques d’attention, des modèles économiques, et des rapports de force sociaux plus larges.

À retenir

  • On assiste à une uniformisation des contenus ce qui encourage en même temps un effort de créativité de la part de certain·es pour se démarquer.
  • L’information se démocratise et est accessible à un plus grand public, tant au niveau de sa réception que de sa production.
  • La vitesse de circulation des informations est augmentée mais cela influence également la circulation d’informations fausses, erronées ou malveillantes.