Croire que c’est une perte de temps

S’il y a une chose que l’on relie le plus à l’économie de l’attention c’est la question du temps. Le temps que l’on passe sur une application, à regarder des vidéos “inutiles” ou divertissantes, le temps que l’on n’utilise pas pour quelque chose d’autre (ou que l’on investit par procrastination). Si le contexte, la motivation, la santé mentale ou encore l’environnement vont flécher le temps que l’on passe dans un univers numérique, il est très clair que certains designs et contenus sont clairement conçus pour nous faire passer plus de temps que prévu dans notre activité.

Mais au-delà du pouvoir que ces choix formels exercent sur notre attention, la question du temps d’écran est non seulement souvent réductrice des pratiques qui la composent, mais elle dissimule aussi une autre question : si scroller sur les réseaux sociaux est une perte de temps, à quoi serait-il bon de passer son temps ?

Notre société est dans une injonction constante à une « bonne utilisation » de notre temps, ce qui équivaut à dire, dans un contexte où le néolibéralisme domine, qu’il faut veiller à ce qu’il soit productif.

Il est donc intéressant de se décentrer et se demander pourquoi ne faudrait-il pas perdre du temps ? Au profit de quoi ? Il peut être très sain et émancipateur d’avoir des loisirs vains, “non productifs” et de considérer qu’ils sont légitimes.

Dans une société qui veut optimiser notre quotidien et compresse notre temps libre, l’accès aux loisirs pour toutes et tous est un véritable enjeu. On en oublie presque que les plateformes numériques peuvent aussi contribuer à cela.