Le design du manque : le FOMO

Une étude britannique, publiée par le BSI (British Standards Institution) en mai 2025, révèle que 47 % des jeunes de 16 à 21 ans préféreraient vivre dans un monde sans Internet. Mais alors, pourquoi ne s’en détachent-ils pas simplement ? La réponse est simple : ils ont peur de rater quelque chose.

Ce phénomène s’appelle le FOMO (Fear Of Missing Out), c’est-à-dire la peur de manquer une information importante, un moment social partagé ou un événement à ne pas rater. C’est exactement sur ce levier émotionnel que les plateformes s’appuient pour garder leurs utilisateurs captifs.

Ce concept date des années 90 et s’est d’abord imposé dans le domaine de la publicité. Des formulations telles que “Offre limitée dans le temps”, “Derniers exemplaires disponibles”, “Réservé aux 100 premiers inscrits”, “Vos amis en profitent déjà… et vous ?” sont devenues des classiques de la rhétorique publicitaire.

Elles ne se contentent pas de vanter les mérites d’un produit : elles créent une pression psychologique, en suggérant que ne pas agir tout de suite, c’est rater une opportunité précieuse.

Aujourd’hui, ce mécanisme est largement repris et amplifié par les marketplaces, les applications de commerce en ligne et par les plateformes numériques en général.

À vous de jouer ! 

Pour chaque affirmations, décidez si elle est vraie ou fausse. Vous découvrirez ensuite l’explication derrière chaque réponse.

Le FOMO est un trouble psychologique reconnu.

FAUX

C’est un comportement lié à l’anxiété sociale et à la surcharge informationnelle, mais non reconnu médicalement.

Le FOMO est un phénomène récent, né avec les réseaux sociaux.

FAUX

Ce concept date des années 90 et s’est d’abord imposé dans le domaine de la publicité.

Les plateformes entretiennent activement le FOMO

Avec l’essor des plateformes numériques et des réseaux sociaux, ce phénomène a pris une ampleur sans précédent. Il est désormais entretenu, amplifié et orchestré par le design des interfaces. Le FOMO (Fear of Missing Out ou  « la peur de rater quelque chose ») se manifeste aujourd’hui à travers trois formes principales, qui se recoupent et se renforcent mutuellement.

La première est la peur informationnelle. Il s’agit de la crainte de passer à côté d’un contenu perçu comme important. Cela peut être un message sur une application de rencontre, une vidéo virale, une information de dernière minute ou encore une offre commerciale à durée limitée. Ce type de FOMO alimente des comportements de consultation compulsive.

Vient ensuite la peur de rater une opportunité de progression, très présente dans les applications gamifiées. Sur Duolingo, ne pas valider sa leçon quotidienne, c’est risquer de perdre sa série et de voir ses efforts invisibilisés. Sur Snapchat, rater l’envoi d’un message quotidien à un ami signifie casser la fameuse “flamme”, symbole d’un lien entretenu. Ces mécanismes exploitent l’attachement à la progression et à la continuité, renforçant l’engagement.

Enfin, le FOMO prend aussi la forme d’une peur d’exclusion sociale. Être le seul à ne pas avoir vu la vidéo dont tout le monde parle, ne pas être présent à un événement partagé sur Instagram, ou découvrir que des amis se sont retrouvés sans vous en avoir informé : tout cela alimente un sentiment de mise à l’écart. Le besoin d’appartenance, fondamental chez l’être humain, est ici instrumentalisé par des plateformes qui transforment chaque publication en signal social.

Un design pensé pour empêcher la déconnexion

Parmi les mécanismes mobilisés par les plateformes pour rendre la déconnexion difficile, voire anxiogène, nous pouvons citer : 

  • Les notifications répétées telles que « Vous avez manqué ceci », « … vient de publier »,  jouent sur la peur de rater une information importante. Elles maintiennent un lien émotionnel avec l’utilisateur, même lorsqu’il est hors ligne, renforçant le réflexe de consultation compulsive.
  • Le scroll infini, qui supprime toute fin visible au fil de contenu, donne l’illusion qu’il y a toujours quelque chose de nouveau, de potentiellement important ou captivant à découvrir, empêchant alors l’utilisateur de se fixer des limites naturelles de consultation.
  • La courte temporalité des contenus éphémères induit une pression psychologique constante : si vous ne les consultez pas maintenant, vous ne les verrez jamais.
    Cette urgence artificielle ne repose pas sur un réel besoin, mais sur la peur de «  »passer à côté » », ce qui pousse l’utilisateur à se reconnecter dans la précipitation.

Les contenus éphémères stimulent l’engagement, mais ils engendrent aussi une fatigue mentale croissante et un sentiment de lassitude pouvant mener à un rejet progressif de la plateforme.
Le FOMO agit alors comme une épée à double tranchant : très efficace pour retenir l’attention, mais au prix d’un épuisement cognitif profond, pouvant affecter à terme le bien-être de l’utilisateur.

Des effets concrets sur le bien-être de l’utilisateur

L’accumulation de sollicitations, la nécessité de rester en alerte, de vérifier fréquemment ou d’anticiper la disparition d’un contenu sont autant de comportements qui épuisent les ressources attentionnelles et fragmentent la concentration de l’utilisateur.

Le FOMO alimente directement la surcharge cognitive, c’est-à-dire un excès d’informations à traiter, qui dépasse les capacités du cerveau. Concrètement, le cerveau a une capacité limitée de traitement. Lorsqu’un individu est exposé à un flux constant de contenus (notifications, vidéos, messages, etc) le cerveau est sollicité en continu, sans temps de pause.

Cette surcharge cognitive n’est pas sans conséquences. D’abord, elle altère perception du temps : de nombreux utilisateurs se retrouvent à scroller pendant de longues périodes, sans s’en appercevoir, happés par des contenus qui s’enchaînent sans fin et des notifications incessantes. Privé de repères clairs, le cerveau perd la capacité à évaluer la durée écoulée, ce qui accentue le sentiment de perte de contrôle..

Cette immersion prolongée provoque une fatigue mentale intense : un état de saturation cognitive, dans lequel l’utilisateur, après des heures d’exposition à des sollicitations constantes, peine à maintenir son attention, à penser avec clarté ou à prendre des décisions de manière éclairée.

Impliqué émotionnellement par un besoin d’être continuellement connecté, beaucoup d’utilisateurs, surtout les plus jeunes, sont victimes de troubles du sommeil. L’urgence perçue de devoir consulter son téléphone retarde l’endormissement, prolonge l’exposition aux écrans en soirée, et désorganise le rythme circadien. Résultat : un sommeil plus court, plus léger et moins réparateur.

De nombreuses études établissent un lien clair entre le FOMO et une dégradation du bien-être psychologique.
Une étude danoise menée auprès de 1 095 utilisateurs de Facebook a montré que les personnes ayant désactivé leur compte pendant une semaine ont déclaré ressentir 55 % de stress en moins que celles ayant poursuivi une utilisation normale de la plateforme.

Cette déconnexion temporaire a eu des effets significatifs sur deux dimensions clés du bien-être : une augmentation du niveau de satisfaction globale et une amélioration de la valence émotionnelle, avec des émotions plus positives.

À faire avec les élèves

Pour développer l’esprit critique de vos élèves autour du sujet du FOMO, proposez-leur un débat mouvant.

  • Posez une série d’affirmations et invitez les élèves à se positionner physiquement dans la salle selon leur opinion (d’accord / pas d’accord / je ne sais pas). Voici quelques une sélection d’affirmations prêtes à être utiliser : « Je suis capable de rester une journée entière sans utiliser mon téléphone », « Les plateformes créent volontairement cette peur de râter quelque chose », etc. Ils doivent ensuite argumenter et écouter les points de vue des autres.

Ce type d’activité crée une véritable dynamique de réflexion collective : les élèves s’interrogent, confrontent leurs représentations et, quelquefois, changent de position après avoir entendu la justification d’un camarade.

Et si on apprenait à débrancher ?

Face à la pression numérique, une nouvelle tendance émerge en contrepoint : le JOMO (Joy of Missing Out) : la joie de rater quelque chose. Le JOMO, c’est faire le choix de se déconnecter sans culpabilité, d’assumer qu’on ne peut pas tout suivre, tout voir, tout liker. C’est aussi se réapproprier son temps et son attention. 

Concrètement, cela peut passer par des ajustements simples et progressifs, inspirés des recommandations de plusieurs lanceurs d’alerte, comme Tristan Harris ou Aza Raskin, anciens concepteurs devenus critiques des logiques de captation de l’attention.

Parmi les pratiques simples qui permettent d’apaiser sa relation aux écrans, nous pouvons citer : la désactivation des notifications non essentielles, le fait de laisser son téléphone hors de portée lors des moments de concentration ou de repos, l’instauration de plages régulières sans écrans (le soir, pendant les repas, le week-end), l’activation du mode monochromatique sur son appareil, afin d’être moins stimulé visuellement, ou encore la mise en place de routines de déconnexion douce.

À l’heure où l’hyperconnexion devient la norme, de nombreux utilisateurs choisissent d’expérimenter des digital detox ponctuelles, sur une journée ou une semaine, dans le but de reprendre conscience de leurs usages et de rétablir un rapport plus apaisé et intentionnel. Choisir de se déconnecter, même ponctuellement, ne traduit pas un refus du numérique, mais une manière d’en reprendre le contrôle. 

À retenir

  • Le FOMO est entretenu par les plateformes par le biais de plusieurs mécanismes : notifications, scroll infini, contenus éphémères, etc.
  • Ce phénomène provoque fatigue mentale, anxiété et perte de contrôle du temps passé en ligne.