Une économie numérique qui dérègle nos régimes attentionnels

Une économie numérique qui dérègle nos régimes attentionnels

L’économie de l’attention ne se contente pas de nous distraire. Elle altère en profondeur notre manière de percevoir, de comprendre et de hiérarchiser l’information.

Dominique Boullier parle de “régimes attentionnels” : des formes d’attention différentes, activées selon les situations.

Le problème, c’est que nos environnements numériques sur-stimulent certains régimes (alerte, fidélisation). Nos environnements numériques activent sans cesse les émotions les plus puissantes – colère, peur, surprise, attendrissement – parce que l’émotion est la matière première de l’attention. Mais à force de sursollicitation, certains régimes attentionnels – comme la projection (imaginer, anticiper), ou l’immersion (se concentrer longtemps) – deviennent difficiles à mobiliser. Nous passons d’une tâche à l’autre, d’un contenu à l’autre, sans toujours avoir le temps de comprendre, de hiérarchiser ou de prendre un recul critique.

Ainsi, le problème n’est pas notre manque de volonté ou notre cerveau prétendument “addict”. Le vrai problème est un modèle économique et technique qui rend notre attention rare, précieuse… et exploitée.