Mais au fait… c’est quoi l’attention?
On parle souvent « de l’attention » comme d’une faculté unique : se concentrer sur une tâche ou, à l’inverse, se laisser distraire. Cette vision simplifiée nourrit un discours manichéen : bonne attention = concentration ; mauvaise attention = dispersion. Or c’est une réduction trop étroite de ce qu’est l’attention humaine.
L’attention au pluriel
Plutôt que de parler de l’attention au singulier, il faudrait la penser au pluriel. On ne prête pas le même type d’attention à un roman, à la route, à un élève qui prend la parole, ou à son téléphone. Ces attentions diffèrent par leur intensité, leur durée, leur modalité sensorielle (vue, ouïe, toucher) et par le contexte dans lequel elles s’exercent.
Trois formes d’attention
Pour comprendre cette pluralité, Yves Citton distingue trois grandes modalités qui s’entrecroisent en permanence :
Ces trois formes ne s’excluent pas, elles coexistent et se relaient constamment. Exemple : une notification attire d’abord mon attention automatique, puis je décide de la consulter immédiatement ou non, pour ensuite me poser de façon réflexive sur la tentation ou pression qui m’a poussé à l’ouvrir sans délai.
Focalisation et distraction : une opposition réductrice
On associe souvent la « bonne attention » à la focalisation exclusive sur une tâche, et la « mauvaise attention » à la distraction. Mais cette opposition est trompeuse.
Le problème actuel ne vient donc pas de notre incapacité à nous concentrer, mais du fait que nos environnements médiatiques sont conçus pour multiplier les sollicitations, rendant la focalisation plus rare et plus difficile.
Attention et valeur
Pour qu’une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps
Gustave Flaubert, Correspondance
L’attention n’est pas seulement une ressource rare, c’est aussi une source de valeur, comme le notait Flaubert.
Le problème actuel ne vient donc pas de notre incapacité à nous concentrer, mais du fait que nos environnements médiatiques sont conçus pour multiplier les sollicitations, rendant la focalisation plus rare et plus difficile.
Si l’attention crée de la valeur, il devient essentiel de s’interroger : qu’est-ce qui, aujourd’hui, vaut de l’attention pour les jeunes ?
Prendre le temps d’écouter et de comprendre ces pratiques, c’est reconnaître qu’elles portent une culture légitime, même si elle n’est pas toujours « scolaire ».
Mais le rôle de l’école est aussi d’ouvrir d’autres possibles : éveiller la curiosité, faire découvrir d’autres formes culturelles, inviter à explorer de nouveaux territoires.
