Le piège de l’approche sélective
L’approche sélective, quant à elle, repose sur une hiérarchisation implicite des médias et des pratiques culturelles.
Elle valorise certains supports et pratiques jugés plus “légitimes”, souvent perçus comme informatifs, éducatifs ou culturellement nobles, tout en dévalorisant d’autres, considérés comme trop ludiques, émotionnels, commerciaux ou superficiels.
Dans cette logique, la presse écrite ou les journaux télévisés sont érigés en références, perçus comme “nobles” er “éducatifs”. Les contenus YouTube ou les séries Netflix sont relégués au rang de distractions peu formatrices, voire nuisibles.
Pourtant, cette sélection repose rarement sur une analyse pédagogique approfondie. Elle traduit avant tout les préférences culturelles, esthétiques ou morales des adultes, souvent déconnectées des usages réels et des codes culturels des jeunes.
Or, il est frappant de constater que les médias souvent critiqués par certains adultes occupent, en réalité, une place centrale dans la vie quotidienne des jeunes. Loin de se limiter au divertissement, ces supports sont aussi investis dans une logique d’apprentissage forte. C’est par exemple le cas de YouTube, qui, en 20 ans, est devenu “la plus grande vidéothèque du monde” comme l’explique Justine Ryst, Directrice Générale de YouTube France, lors d’une interview sur le plateau de Quotidien en mai 2025.
Dans l’enseignement supérieur, YouTube est jugé essentiel par les étudiants et les enseignants.
Adopter une posture sélective en classe, c’est risquer de disqualifier les pratiques médiatiques des élèves, sans les comprendre ni les interroger.
Cela crée un décalage entre les repères de l’adulte et les habitudes médiatiques des jeunes, à l’origine de nombreuses incompréhensions ou tensions.
Les élèves peuvent alors se sentir incompris, jugés, voire illégitimes dans leurs centres d’intérêt. Ils n’osent plus parler des contenus qu’ils consomment réellement, le dialogue se ferme, et l’éducation aux médias perd son pouvoir d’accompagnement.
