Enseigner la littératie attentionnelle

Face à ces constats, une priorité éducative émerge : développer une littératie attentionnelle. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à « gérer son temps d’écran », mais de comprendre en profondeur les environnements attentionnels dans lesquels nous évoluons. Cela implique : 

  • de distinguer les régimes d’attention mobilisés par différents dispositifs numériques (alerte, fidélisation, immersion, projection…) ;
  • de comprendre les effets émotionnels et cognitifs de ces régimes sur notre rapport à l’information, à nous-mêmes et aux autres ;
  • d’apprendre à construire une “boussole cognitive”, selon l’expression de Boullier, pour s’orienter dans un monde saturé de signaux.

Former à cette littératie, c’est donner les moyens aux citoyen∙nes – jeunes comme adultes – de reprendre du pouvoir sur leurs usages. C’est leur permettre d’identifier les logiques de captation à l’œuvre, d’explorer la complexité des controverses (plutôt que de chercher des réponses rapides) et de réhabiliter des espaces d’attention lente, de concentration, de délibération. C’est aussi ouvrir des possibles : explorer des alternatives techniques (outils contributifs, plateformes ouvertes), culturelles (slow media, formats longs) et politiques (régulation, coopération). 

En somme, enseigner la littératie attentionnelle, ce n’est pas diaboliser les écrans. C’est permettre à chacun·e de comprendre le coût invisible de certains usages et de faire des choix éclairés dans un écosystème qui nous pousse à la dispersion permanente. C’est faire de la gestion de l’attention une compétence citoyenne – au même titre que la lecture critique des médias ou le débat argumenté.