L’attention : une infrastructure démocratique à préserver

Dominique Boullier propose de penser l’attention non pas seulement comme une ressource cognitive individuelle, mais comme une infrastructure de la vie démocratique. L’économie numérique actuelle met cette infrastructure sous pression en imposant trois tendances majeures :

  • la prolifération des contenus, qui rend la hiérarchisation difficile et favorise la surcharge informationnelle ;
  • la haute fréquence, qui impose une culture de l’immédiateté, du buzz et de la réaction émotionnelle, ce qui participe à l’érosion du recul critique ;
  • la distribution horizontale : tout le monde peut publier. Cela constitue une véritable évolution vers un plus grand accès à l’expression et à la créativité, toutefois, cela dilue aussi les repères de légitimité, de vérification et de responsabilité.

Ces 3 caractéristiques favorisent les logiques de viralité et de clivage des discours : ce qui capte l’attention est d’abord ce qui émeut. Dès lors, dans cet environnement saturé, l’attention se révèle être une ressource rare, captée par des plateformes dont le modèle économique repose sur la maximisation du temps passé, ce qui influence nos choix culturels, notre accès à l’information et même notre rapport au débat public. Les contenus consommés dans notre flux sur TikTok ou Instagram ne sont pas neutres, car l’architecture des plateformes conditionne ce que nous voyons et ce que nous ne voyons pas.

Bref, ce système affaiblit notre capacité collective à organiser des débats publics de qualité, à prendre du recul, à hiérarchiser les enjeux.