L’attention au cœur des préoccupations

« Mes élèves n’arrivent plus à se concentrer », « TikTok les rend accros », « Les jeunes ne lisent plus » : ces inquiétudes reviennent régulièrement, que ce soit dans la salle des profs, dans les médias ou jusque dans les rapports politiques les plus récents (voir, en France, le Rapport du 4 septembre 2025 de la Commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs)

Entre critiques légitimes et vision réductrice

Il est légitime, en tant qu’enseignant·e, de se demander : qu’est-ce que l’attention, au juste ? Et pourquoi semble-t-elle aujourd’hui menacée par les « écrans » ?

Ce chapitre propose de prendre un pas de recul. Car si certaines critiques pointent des réalités bien tangibles — la puissance de la publicité ciblée, la sursollicitation informationnelle, ou encore la multiplication d’offres de divertissement pensées pour retenir l’utilisateur le plus longtemps possible — l’attention n’est pas une ressource simple à définir, ni un problème entièrement nouveau. Depuis le XIXe siècle, chaque innovation médiatique – du roman-feuilleton à la télévision – a été accusée de détourner les jeunes de l’« essentiel » et de miner leur capacité de concentration. Aujourd’hui, ce sont TikTok, le smartphone plus largement ou encore les jeux vidéo qui occupent le rôle d’ « accusés ».

Ouvrir la boîte noire

Ces discours critiques sont séduisants : ils offrent des explications simples, s’appuient sur des métaphores fortes (« dopamine », « addiction », « temps de cerveau disponible ») et circulent d’autant mieux qu’ils empruntent les mêmes mécanismes que ceux qu’ils critiquent : attirer l’attention, frapper l’imaginaire, pour se diffuser rapidement. Mais ils masquent aussi une partie de la complexité du phénomène, en ramenant souvent la question à un problème individuel (« manque de volonté », « perte de concentration »), alors que c’est aussi et avant tout un enjeu collectif et sociétal.

Ce que nous vous proposons ici, c’est d’ouvrir la boîte noire : questionner ce qu’on appelle « attention », comprendre comment elle est mobilisée dans nos environnements médiatiques, et replacer les inquiétudes actuelles dans une histoire plus longue. Autrement dit, prendre de la distance ne signifie pas balayer les critiques, mais les éclairer autrement : en sortant d’une vision purement individualisante, pour aborder l’attention comme un enjeu à la fois personnel, social et éducatif.